Miryam klein 2

Les créations actuelles de Miryan Klein se situent dans la logique des multiples déclinaisons d’une démarche entamée par cette artiste française dans les années quatre-vingts.

Dotée d’une rare énergie, d’un regard incisif et d’un sens certain de l’esthétique, Miryan Klein vit en osmose avec son environnement.  Ainsi son travail traduit un total engagement pour la nature et le devenir de notre société.

A travers cet amour et ce respect de la vie, Miryan Klein conçoit des œuvres dont  l’originalité, la stylisation, la facture et les techniques innovantes – utilisation de matières souvent très contemporaines mais inhabituelles – les rendent intrigantes. Le premier mérite de ces pièces sera l’impact de leur questionnement sur le spectateur. Leur valeur intrinsèque intervient en deuxième lecture sur un mode poétique qui leur donne une dimension supplémentaire

Au départ d’une série de portraits, œuvres de jeunesse, dès 1990, cette «  femme forte » (titre qui lui est officiellement attribué par le Musée municipal du Béguinage de Hoogstraten en Belgique en 2001)  va surprendre l’amateur d’art par ce regard très personnel posé sur les marges.

Miryan Klein crée effectivement des sculptures avec des ferrailles de récupération qu’elle soude, façonne au moyen de copeaux métallurgiques couverts d’une gangue de résine. Habillement réalisées, simples et baroques à la fois, l’expression qui se dégage d’œuvres telles que « Les primitifs », « Carnaval », «  Le prieur », «  La forêt brûlée », « L’ adoption » est particulièrement saisissante.

Parallèlement, elle compose des tableaux en trois dimensions, souvent carrés, qui pourraient faire référence à des sculptures, mais dont l’approche reste dans le plan du tableau. A la limite de l’abstrait et assez minimalistes, dans des couleurs de préférence monochromes, le sujet des toiles «  Le Dialogue », « La Prise », «  Le Big Bang », «  La Planète », est réduit à leurs contours tandis que leurs contenus restent peu définis, ce qui permet une large possibilité d’interprétations.

Au fil des années, de 1990 à 2000, l’environnement et le climat social mobilisent de plus en plus Miryan Klein. Elle développe alors des installations dont les titres à eux seuls sont parlants, au-delà des mises en espace : «  La Foule », « Le métissage », « Les stations d’eau », « Arbre à oxygène », «  La forêt », «  Le transport humain », «  Les drogues »,……

Dans la même préoccupation attachée à ces valeurs à accorder à l’existence, elle réalise de 1998 à 2002  des tableaux sur l’art suggéré, où elle ne montre qu’une partie de la toile, afin de laisser, avec la partie occultée, libre cours à l’imaginaire du spectateur.

La série «  Intrusion », réalisée à partir de 2003 et jusqu’en 2005, obéit à cette optique (et en pousse le concept). Tableaux de réflexion, que l’on doit regarder au plus prés, dont on doit dépasser la superficie pour tenter d’atteindre une autre vérité. On soulignera dans cette série la performance technique très élaborée. L’artiste pose la matière brûlante sur la toile travaillée en forme de grilles aux travers desquelles la vision du spectateur est attirée comme pour y trouver un sens différent que celui de la réalité apparente du tableau.

A propos des travaux récents, dès Novembre 2005, Marie Laure Mouzon, collaboratrice de Art Thèmes, écrit dans son communiqué de presse : «  Miryan Klein innove encore techniquement et plastiquement. Elle aborde pour la première fois le portrait par le biais de la photographie en s’en servant comme médium vers la création. En effet, les clichés en grand format sont transférés sur la toile et recouverts de papier bulle coulé sous glacis teinté, donnant une unité chromatique attachée aux tons de la nature. L’aspect tramé de l’œuvre est alors amplifié par son effet loupe. Le sujet subit des métamorphoses évidentes, des transmutations par cette loi physique de la réflexion, qui débordent de la simple représentation et créent des personnages mutants. Miryan Klein apporte encore une fois le preuve, avec une approche directe, des préoccupations qui sont les siennes ».

Ainsi les œuvres de 2007, s’inscrivent dans cette nouvelle recherche. Une série que l’on pourrait intituler « métaphore ou mutation »

Notre monde, en effet, est soumis à de continuels changements occasionnés tant par l’évolution naturelle des cycles géologiques que par l’intervention humaine. Miryan Klein souligne ces mutations « d’une façon très subtile et féminine », note Alan Quireyns, dans l’introduction de l’exposition « Miryan Klein » , en avril 2007 chez Art Point Gallery. « Pour arriver à la mutation, constate encore cet auteur, elle applique de nouvelles matières (telles que le papier coulé) qui sont métaphore pour le contenu ».
Par le truchement de ces métaphores, l’artiste cependant illustre une évolution du monde qui n’est pas que forcément négative, comme on voudrait nous le faire croire si souvent. Elle nous met certes en garde sur des changements dangereux pour l’avenir, mais avec des toiles telles que « Déjeuner sur l’herbe »  ou «  Olympia », elle en bâtit l’antithèse, en évoquant par effet de contraste une nouvelle société paisible, cette nature futuriste très verte, pleine d’oxygène et de beauté que l’on retrouvera dans «  Les nymphéas ».

A l’observateur de se laisser captiver par cette vision alerte mais surtout esthétique et optimiste.

Mia Goossens
Exposition du 21. 4. 07
Art Point Gallery Int